Archive de la catégorie «L'Association»

Le tricheur – Florent Ruppert – Jérôme Mulot

21 juillet, 2008

Le tricheur [couverture]

Dernier opus en date du duo de choc Ruppert & Mulot, ce livre au grand format est la suite des expérimentations (particulièrement réussies) de Gogo Club. Les auteurs mettent en place une histoire rocambolesque et (disons-le) tragique, à travers l’alternance d’un récit muet et de témoignages. Inutile d’en dire beaucoup plus, la narration est surprenante et très bien construite, le style graphique encore plus puissant avec ces grandes pages. On retrouve la forme allongée (verticale) des dialogues que l’on avait pu voir dans les précédents ouvrages, ainsi que dans l’expérience de dédicace à laquelle les deux auteurs s’étaient confronté (voir L’Eprouvette n° 1).

Le tricheur [extrait]

Une grande réussite, plus d’informations et de suppléments sur le site de Ruppert & Mulot, et peut-être bientôt sur le site de L’Association.

Gogo Club – Florent Ruppert – Jérôme Mulot

20 avril, 2007

Quatrième ouvrage pour ces deux auteurs créatifs et intelligents, considérés comme ” le symbole de la nouvelle génération à l’Association ” par JC Menu lui-même, et première entrée dans la collection Mimolette. Au programme de cet ouvrage, une nouvelle expérience, sous la forme d’un ” casting ” tout d’abord, partie toute autobiographique qui entraîne une seconde, de fiction, sous l’aspect d’un ” vaudeville glauque et cruel ” où jouent – virtuellement cette fois – les anonymes découverts dans le premier moment. Cette composition d’une expérience vécue – la sélection s’est déroulée dans la librairie Le Monte-en-l’air à Paris lors d’une dédicace – avec une véritable mise en scène fictive relève d’une entreprise en partie oubapienne, preuve s’il en est que les deux auteurs bénéficient du travail de leurs aînés (d’où ” nouvelle génération “), tout en s’en détachant avec ce ton subversif presque permanent et à l’apogée de la majorité des travaux connus (d’où l’appellation ” punk ” qui apparaît parfois pour qualifier le duo). La première partie fonctionne un peu comme leurs séances de dédicaces (voir L’Éprouvette n°1, L’Association, 2005), des situations la plupart du temps préparées sur le papier au crayonné sont couplées à de vraies discussions avec des inconnus plus ou moins volontaires. Ainsi les rencontres entre les auteurs et le public sont présentées en une planche de trois à six cases par personne. Les confrontations sont un parfait mélange de vécu et de créatif, les actions préparés coïncident parfois avec les dialogues souvent sans réels sens ou contenu. Ce qui compte ici c’est la rencontre du ” préparé ” avec l’élément a priori imprévisible qu’est l’autre, l’inconnu en face des auteurs. On rit déjà dans cette première partie où Florent Ruppert et Jérôme Mulot placent ces personnes bien réelles dans des situations surréalistes, utilisant la surprise, l’humiliation et l’humour noir. Ce dont on ne se rend pas compte dans ce ” casting “, c’est que ces mini mises en scène, une par personne rencontrée, vont ensuite être réutilisées dans la seconde partie, comme dans un vrai casting finalement. En effet ces quatorze ” portraits ” correspondent aux quatorze moments forts de la partie fictive qui suit. Avec cette véritable composition oubapienne, les deux auteurs ” font plus que de confronter autobiographie et fiction, ils parviennent rien de moins qu’à amener de la réalité en puissance dans une bande dessinée imprimée ” (citation de la préface de JC Menu), ils vont au delà de la simple mise en scène d’un vécu (comme dans La poubelle de la place Vendôme) et confrontent cette fois l’expérience avec un scénario préconçu. Au delà de cette expérimentation il faut remarquer avec quelle agilité les deux auteurs parviennent à réaliser cet ouvrage hybride, véritable succès narratif autant que graphique – qualité et inventivité irréprochable sur ce point, frontières abolies et objectifs réussis.

L’Association – Collection Mimolette (2007)

Panier de singe – Florent Ruppert – Jérôme Mulot

18 avril, 2007

Cet ouvrage est un véritable hommage au mouvement dans le paysage de la bande dessinée, et plus généralement dans celui du dessin. À la fois laboratoire d’une bande dessinée différente et assumée, et défouloire rempli d’humour noir magnifiquement magné, Panier de singe est une oeuvre aboutie où se rencontrent des compositions originales, ingénieuses et réfléchies. Les thèmes abordés par ces deux auteurs sont plutôt repoussants au premier abord, mais la manière dont ils les traitent fait presque passer au second rang le scénario ou le choix des situations dans lesquelles se retrouvent les deux personnages principaux. Ces deux parfaits anti-héros, à la morale largement douteuse, sont portraitistes, et leur profession les amène à se retrouver dans des situations aussi étranges que cocasses (voire drôle mais il faut aimer le second degré). Construits autour d’un reportage sur la zoophilie dans un zoo, les différents petits récits présentent à chaque fois leur originalité propre, la plupart du temps graphique. Chaque effort pour sortir d’une bande dessinée figée est au service d’une ambition forte : retranscrire le mouvement ; soit à partir de séquences ” traditionnelles ” où règnent fluidité et vie, soit par le biais de supports différents tels des phénakistiscopes ou stéréoscopes, initiatives proche de celle du mouvement de l’OuBaPo. La lecture est donc toute avantageusement chamboulée par les explorations de ces deux auteurs talentueux. Les traits fins du dessin donnent un rendu surprenant de simplicité, d’unité et de cohérence sur l’ensemble de l’ouvrage, rappelant parfois celui de Frédéric Poincelet, la précision en moins. Étonnants donc par leur simplicité et par leur clarté, le graphisme ainsi que la composition des planches permettent une narration particulièrement fluide et enivrante. Les sujets un peu ” osés ” ne sont pas ce qui nous rend le plus attentif, mais c’est plutôt le ton ingénieusement subversif qui nous scotche littéralement à cette oeuvre originale et, (osons le dire) punk. Les récits sont à chaque fois proches de la mise en scène, un peu plus et l’on se croirait dans un théâtre, on verra ce trait d’autant plus marqué dans leur prochain ouvrage (Gogo Club). Le reproche que l’on peut faire à cet ouvrage est le manque d’originalité sur le plan de la mise en page qui fige un peu les nombreuses tentatives pour sortir du format classique de la bande dessinée (les expérimentations graphiques qui dépassent le cadre du format de la bande dessinée sont disponibles ici).

L’Association – Collection Ciboulette (2006)

La poubelle de la place Vendôme – Florent Ruppert – Jérôme Mulot

17 avril, 2007

Courte histoire, comme toujours avec cette collection, mais aussi véritable expérimentation. À l’origine de ce récit haletant est la découverte d’un revolver, que les deux protagonistes se disputent dans une cuisine. L’un des deux utilise le langage des signes, avec traduction à l’appui. Tout l’intérêt ici, et comme toujours avec ces deux auteurs, est non pas l’objet de l’histoire ou l’histoire en elle-même, mais bien plus la manière dont cette situation – finalement pas très passionnante – est décrite. Encore une fois Florent Ruppert et Jérôme Mulot expérimentent, utilisent une situation concrète pour construire un récit, leur outil étant ici le langage des sourd-muets, le lieu la cuisine, et eux mêmes (les auteurs) les deux personnages. On peut donc considérer cet ouvrage comme une scène de théâtre, cet aspect sera encore plus travaillé dans leurs prochains ouvrages (surtout dans Gogo Club). Les auteurs jouent aussi avec l’objet livre, en effet même la couverture participe à l’histoire, on comprend mieux celle-ci à la fin de la lecture (voir les trous dans la casserole). Expérience encore réussie, pleine de créativité, de sens, et d’humour.

L’Association – Collection Patte de Mouche (2006)