
Cet ouvrage est le troisième de l’auteur (Céfalus et Ludologie sont tous les deux sortis chez Cornélius respectivement en 2002 et 2003). C’est idiot de dire ça mais cet ouvrage est à coup sûr le chef d’oeuvre de cette année 2006. L’influence d’auteurs américains comme Brown y est sûrement pour beaucoup, en effet avec Lucille nous avons sous les yeux un récit à la fois fort et terriblement sincère, un peu à la manière de Je ne t’ai jamais aimé de Brown. La construction est ici plus audacieuse et le graphisme y est plus poétique et plus tranché.
Le dessin est assez épuré, les lignes sont plutôt fines et le dessinateur paraît sûr de lui, pas de traits superflus. On prend déjà beaucoup de plaisir rien qu’avec ce graphisme simple et efficace, un peu dur à appréhender au début car il n’y a pas de cases. On a ainsi parfois un seul dessin par planche, c’est déroutant au début, car le lecteur de bandes dessinées lambda est plutôt habitués à voir devant ses yeux un récit coordonné aussi par ces cases géométriques. On s’habitue assez vite, même si on se sent parfois un peu perdu, et sur un ouvrage de cette longueur on peut se dire que cela fait parti du jeu de découvrir d’autres techniques graphiques, et de devoir s’y habituer.
Outre cette originalité de mise en forme, l’auteur, grâce à son talent de dessinateur, nous plonge rapidement dans l’ambiance qui sera présente tout au long du récit. Des sentiments chauds succédant à des angoisses froides s’établissent pour nous perturber durant tout l’album. On est très proche d’une littérature graphique ici, tant la trame principale nous emballe pour nous retenir jusqu’au bout.
Ludivic Debeurme arrive à articuler deux histoires pendant la première moitié de l’ouvrage, pour ensuite les faire se rencontrer. La tâche n’est pas aisée vu, d’une part, la complexité des personnages, et d’autre part, les thèmes abordés à travers ceux-ci (la mort, l’anorexie, les rapports père/fils et mère/fille). On s’attache vite aux deux principaux personnages, et le but est évidemment de nous faire partager leurs sentiments, chose qui se fait du coup beaucoup plus naturellement. L’auteur a un talent de romancier, tout est construit de manière à ce que nous accrochions sans vouloir sortir de ce récit. Mais en même temps ce bloc apparaît comme un témoignage sincère et vivant. Lucille appelle apparemment un second volume, une suite attendue vu la fin de ce récit aussi volumineux que magnifique.
Futuropolis (2006)