Archive de la catégorie «Denoël Graphic»

Fun Home, Une tragicomédie familiale – Alison Bechdel

22 janvier, 2007

” Une brillantissime autobiographie en bande dessinée. ” Cette critique de Time Magazine sonne très juste, mais à la lecture de cet épais et très dense ouvrage, on a envie d’en dire plus. La construction du récit, les thèmes choisis, le regard introspectif de l’auteur, le sens du détail et de la composition, autant d’éléments qui forment un véritable roman graphique solide. Alison Bechdel utilise toute la richesse de la bande dessinée pour exprimer et raconter. L’histoire est totalement autobiographique, ainsi on découvre l’enfance de l’auteur, avec l’influence omniprésente de son père, plein de références de littérature et de soucis esthétiques. Alison Bechdel installe son récit en faisant des retours réguliers, comme des introspections successives qui forment une espèce de thérapie participative, et qui suit l’évolution chronologique de sa vie. C’est comme si l’auteur nous faisait découvrir des clés de sa vie en même temps qu’elle. Le lecteur devient partie prenante du récit, le style graphique aidant à la clarté de l’histoire et donnant des repères. Pas de grande révolution de ce côté là, le trait n’est pas pour autant commun mais il n’y a pas d’originalité particulière. Le style est fluide et permet une clarté importante, les couleurs noir, blanc et bleu donnent une bonne visibilité avec un grain agréable. Les références parfois un peu lourdes de littérature anglaise et américaine enrichissent mais pèsent aussi sur le tout, la forme narrative est clairement un roman graphique, même si cet ouvrage est une bande dessinée à part entière. Remarquons que le Time Magazine l’a élue meilleur roman de l’année 2006, preuve que la bande dessinée trouve une juste place dans le paysage éditoriale, même si elle n’est pas à l’abri de raccourci maladroit.

Denoël Graphic (2006)

 

World Trade Angels – Fabrice Colin et Laurent Cilluffo

15 janvier, 2007

 C’est avec un graphisme surprenant et une plume particulièrement belle que ces deux jeunes auteurs construisent une histoire bouleversante, inattendue, triste et magnifique. L’oeil est, au début, quelque peu remué par ces traits très géométriques, presque un dessin technique dont on se demande s’il a été fait à la main ou à l’ordinateur. Une fois adapté à ce graphisme original, on prend beaucoup de plaisir à se laisser guider dans la vie de cet homme un peu perdu depuis LE fameux événement. C’est plutôt un sentiment de curiosité qui nous remplit sur les premières pages, le ton de l’écriture s’y prête en effet. Puis on rentre véritablement dans la vie de cette homme, Harvey. On commence à comprendre ses peurs, on se reconnaît un peu aussi dans ce personnage. Sa remise en cause personnelle nous pose en écho beaucoup de questions. On ne commence à comprendre la difficulté de la situation que vers le milieu de l’ouvrage. Le montage des séquences est très audacieux, on ne se perd que rarement dans le dédale de traits parallèles et de figures géométriques. L’utilisation de trois couleurs sur la plupart des planches donne beaucoup de puissance au récit, et surtout celle de l’orange, presque fluo. L’histoire décrite de cet homme est vraiment forte, magnifique, avec toutes les introspections que cela comporte, ainsi que les quelques flash-backs parsemés. Donc beaucoup d’humanité dans ce superbe ouvrage, ainsi que des interrogations aussi incontournables que douloureuses.

Denoël Graphic (2006)