
On connaît Actes Sud pour ces choix précis et justes, une fois encore ils ne se sont pas trompés. Adieu, maman est sans aucun doute le récit le plus troublant et le plus beau de ces dix dernières années.
L’histoire est d’une tristesse sans précédent, l’auteur parle avec sincérité d’un drame personnel, familial, et ne tombe dans aucun cliché. Les textes sont beaux (et plus particulièrement l’introduction de Thomas Tennant), à aucun moment ils ne sonnent faux. Le récit est structuré de manière très propre, on apprécie les planches bien découpées et les grandes cases. Le dessin n’est jamais surchargé, on a sous les yeux un véritable roman graphique. Les couleurs sont extrêmement bien sélectionnées, dans des tons très apaisants mais pas non plus maussades, certaines teintes sont mêmes choisies en fonction des passages et des sentiments des personnages. La mise en page est à la fois esthétiquement sobre et graphiquement puissante. On pense évidemment à Chris Ware, mais Paul Hornschemeier fait moins dans la minutie et l’effet n’en est que plus efficace. Aussi, sur le plan graphique, l’auteur modifie parfois singulièrement son style pour quelques cases (ou même un passage entier dans la deuxième partie), comme une régression nécessaire de son dessin, pour accroître un sentiment d’incompréhension ou de malaise, le résultat est saisissant. Aussi cet auteur utilise la répétition pour certaines séquences de phrases. Il prend le texte d’une case d’une page précédente et la replace pour un autre dessin, l’effet est puissant, les détails nécessaires étant ainsi soulignés.
Revenons sur les textes, car le récit est tout entier structuré sur des phrases et des mots très forts et très bien exprimés. On peut sans aucun doute remercier l’effort important d’Actes Sud pour la traduction, qui semble très fidèle. Il est important d’insister sur le texte autant que sur le graphisme, car cet album tout entier atteint un niveau de clarté rarement frôlé. Les mots sont compréhensibles par tous et les tournures de phrases sont toujours simples et puissantes. Ensembles, l’écrit et l’image forment ici un tout, une unité impressionnante, sans jamais se dissocier (les effets de répétition sont autant graphiques que textuels, par exemple).
Les sujet choisis, autour de la mort d’une mère et de la dépression d’un père, sont abordés de manière simple et sainte, Paul Hornschemeier ne fait aucun jugement ni aucun voyeurisme. Il construit un récit sur une histoire intime et complexe, on est loin du témoignage pleurnichard sous forme autobiographique. Chaque acte est assumé, il y a une belle citation de l’auteur lui-même qui se rapproche de celle de David B. : ” Tu dessineras des cases comme autant de cercueils “.
L’innocence de l’enfant est très bien retranscrite, c’est un récit avec des outils d’adultes mais avec un regard profondément hors catégorie. Chaque case et chaque phrase sonnent comme autant de mots ou de traits mis sur une douleur et une incompréhension. Absolument superbe.
Actes Sud BD (2005)