Archive de la catégorie «Actes Sud BD»

Des chiens, de l’eau – Anders Nilsen

23 mai, 2008

Anders Nilsen - Des chiens, de l\'eau

Un jeune homme voyage sans réel destination dans un désert, accompagné d’un ourson attaché sur son sac à dos. De brèves monologues colériques avec son ourson, jusqu’à la rencontre avec une meute de loup, en passant par la découverte d’un pipe line sur lequel un hélicoptère d’une armée disparue s’est échoué ; Anders Nilsen aborde la solitude, la mort, la compassion, l’incompréhension, il parle du silence et le décrit avec un dessin soutenu et direct. Deux récits assez brefs introduisent et concluent cette histoire sombre et énigmatique qui résonne longtemps après l’avoir lue.

Le blog d’Anders Nilsen : The Monologuist.

Le retour de l’éléphant – Paul Hornschemeier

9 avril, 2007

Ouvrage composé d’une série de courts récits, parfois des bribes de vies, parfois des situations surréalistes, Le retour de l’éléphant étonne par sa singularité à la fois graphique et narrative. Paul Hornschemeier avait marqué les esprits avec Adieu, maman, il réitère avec une oeuvre déroutante et fascinante. Il est difficile de parler de l’histoire de cet ouvrage, car il n’y a pas réellement de lien entre les différents strips, et les seuls fils rouges sont quelques thèmes récurrents, tels que la télévision, la déception amoureuse ou la difficulté des relations humaines. Paul Hornschemeier explore la complexité de la vie par le biais de différentes séquences qui se suivent sans se ressembler. Les histoires ne se distinguent pas que par les sujets, les personnages ou les contextes particuliers, l’auteur adopte à chaque fois un style différent, modifiant son trait, ses palettes de couleurs, les textures des papiers jusqu’au sens de lecture des pages. La composition des planches évolue au rythme de la succession des mini récits, la totalité de ces derniers formant un tout presque incompréhensible, voire hermétique. Si cet ouvrage apparaît d’abord comme un recueil de récits indépendants, où l’on peine à entrevoir cet agglomérat de séquences comme un tout unifié, le tout est pourtant d’une subtilité et d’une puissance extraordinaire. Mais on est en droit de s’interroger sur le sens réel ou non de cette succession de récits étranges. Ce mode de narration est novateur sans l’être réellement, en effet Chris Ware en est l’un des instigateurs principaux (Acme Novelty Library), avec Daniel Clowes récemment (Ice Haven). Le retour de l’éléphant apparaît comme un véritable laboratoire de la bande dessinée contemporaine, Paul Hornschemeier y teste différents styles graphiques et différentes techniques narratives, des personnages humains côtoient des créatures fantasques, les histoires se croisent parfois et les mises en scène originales sont d’une efficacité redoutable. Véritable explorateur de l’art séquentiel, cet auteur marche sur les pas d’artistes de génie de sa génération, prenant une place singulière d’auteur doué et précurseur (même si la parenté avec les travaux de Chris Ware est étonnante…) d’un art complet et en perpétuelle réflexion. Avec Paul Hornschemeier la bande dessinée porte un regard sur elle-même, projetant le neuvième art vers des objectifs plus essentiels. Son travail ici abouti marque les esprits par une originalité étonnante et un rendu graphique exceptionnel. À coup sûr cette oeuvre majeure prend une place déterminante dans le paysage de la bande dessinée.

Actes Sud BD (2006)

 

Adieu, maman – Paul Hornschemeier (avec une introduction de Thomas Tennant)

15 janvier, 2007

 

On connaît Actes Sud pour ces choix précis et justes, une fois encore ils ne se sont pas trompés. Adieu, maman est sans aucun doute le récit le plus troublant et le plus beau de ces dix dernières années.
L’histoire est d’une tristesse sans précédent, l’auteur parle avec sincérité d’un drame personnel, familial, et ne tombe dans aucun cliché. Les textes sont beaux (et plus particulièrement l’introduction de Thomas Tennant), à aucun moment ils ne sonnent faux. Le récit est structuré de manière très propre, on apprécie les planches bien découpées et les grandes cases. Le dessin n’est jamais surchargé, on a sous les yeux un véritable roman graphique. Les couleurs sont extrêmement bien sélectionnées, dans des tons très apaisants mais pas non plus maussades, certaines teintes sont mêmes choisies en fonction des passages et des sentiments des personnages. La mise en page est à la fois esthétiquement sobre et graphiquement puissante. On pense évidemment à Chris Ware, mais Paul Hornschemeier fait moins dans la minutie et l’effet n’en est que plus efficace. Aussi, sur le plan graphique, l’auteur modifie parfois singulièrement son style pour quelques cases (ou même un passage entier dans la deuxième partie), comme une régression nécessaire de son dessin, pour accroître un sentiment d’incompréhension ou de malaise, le résultat est saisissant. Aussi cet auteur utilise la répétition pour certaines séquences de phrases. Il prend le texte d’une case d’une page précédente et la replace pour un autre dessin, l’effet est puissant, les détails nécessaires étant ainsi soulignés.
Revenons sur les textes, car le récit est tout entier structuré sur des phrases et des mots très forts et très bien exprimés. On peut sans aucun doute remercier l’effort important d’Actes Sud pour la traduction, qui semble très fidèle. Il est important d’insister sur le texte autant que sur le graphisme, car cet album tout entier atteint un niveau de clarté rarement frôlé. Les mots sont compréhensibles par tous et les tournures de phrases sont toujours simples et puissantes. Ensembles, l’écrit et l’image forment ici un tout, une unité impressionnante, sans jamais se dissocier (les effets de répétition sont autant graphiques que textuels, par exemple).
Les sujet choisis, autour de la mort d’une mère et de la dépression d’un père, sont abordés de manière simple et sainte, Paul Hornschemeier ne fait aucun jugement ni aucun voyeurisme. Il construit un récit sur une histoire intime et complexe, on est loin du témoignage pleurnichard sous forme autobiographique. Chaque acte est assumé, il y a une belle citation de l’auteur lui-même qui se rapproche de celle de David B. : ” Tu dessineras des cases comme autant de cercueils “.
L’innocence de l’enfant est très bien retranscrite, c’est un récit avec des outils d’adultes mais avec un regard profondément hors catégorie. Chaque case et chaque phrase sonnent comme autant de mots ou de traits mis sur une douleur et une incompréhension. Absolument superbe.

Actes Sud BD (2005)