Archive de la catégorie «2003»

Notes pour plus tard & Victime de la rue – Jonathan Larabie

28 août, 2008

Il était largement temps d’évoquer ici le travail de Jonathan Larabie, jeune auteur de bandes dessinées (la plupart du temps autobiographiques), talentueux dessinateur discret au cœur de la scène alternative. Quelques fanzines auto-publiés (souvent très bien faits), de nombreuses apparitions remarquées dans le Nouveau Journal de Judith et Marinette, et quelques publications chez Les Taupes de l’Espace (éditeur de la dite revue). Jonathan Larabie excelle dans ce domaine qu’est la bande dessinée, mais aussi tout simplement dans le dessin : des crayonnés simples et qui se suffisent souvent à eux-mêmes, des encrages propres, des traits sûrs, des personnages expressifs, un style clair…

Voici deux de ses fanzines auto-publiés, le premier, notes pour plus tard, est un recueil d’humeurs dessinées au crayon à papier pendant l’été 2003. Très drôle, avec un “work in progress” très intéressant (voir extrait 2).

notes pour plus tard [couverture]

notes pour plus tard [extrait 1]

notes pour plus tard [extrait 3]

Le deuxième fanzine choisi est Victime de la rue, dernière auto-publication en date, histoire personnelle de Jonathan Larabie lui-même avec son skate, je n’en dis pas plus, le récit est délicieux, on ne se lasse pas de relire ce petit bijoux assez court tout de même (trop)… Cette fois les dessins sont encrés, très belle réussite graphique sur un format assez petit.

Victime de la rue [couverture]

Victime de la rue [extrait]

Jonathan Larabie est un auteur doué, tout simplement, un dessinateur (autodidacte ?) rusé, un scénariste de génie. Je n’exagère rien, il suffit d’ouvrir un de ces livres pour s’en rendre compte.

Pour plus d’informations rien de tel que son site web, avec beaucoup de ses histoires en ligne, ce qui ne doit pas empêcher d’acheter ses fanzines (les frais de port sont offerts, pourquoi s’en priver ?!). Notons que ce site très sobre est aussi une grande réussite. Trois histoires publies sur Grand Papier. Et je le rappelle il faut acheter le Nouveau Journal de Judith et Marinette dans lequel cet auteur (disons-le encore) trop rare publie des histoires cinglantes presque à chaque numéro.

Blonde platine – Adrian Tomine

23 novembre, 2006

(Quatre histoires)

 

Alter ego

On ne peut pas écarter le fait qu’Adrian Tomine touche un peu au même genre de style que Daniel Clowes, mais il exploite différemment les relations humaines. Le graphisme est moins séduisant que celui de l’auteur de Ghost World, même si quelque chose s’en dégage, quelque chose qui colle avec l’histoire. Ici il s’agit de celle d’un jeune écrivain, de ses problèmes d’inspiration et de coeur. L’entrée dans son univers est un peu difficile, et il semble qu’il manque quelque chose à ce récit. Manque de sincérité ou pas assez sûr de lui, les dernières pages nous prouvent tout de même le contraire. On regrettera les dialogues qui sonnent parfois un peu faux, mais l’analyse des rapports sociaux que réalise Adrian Tomine est très juste, il évite le côté voyeur tout en trouvant sa matière dans le commun du quotidien. Une histoire très sombre.

 

Blonde platine

Cette fois on retrouve avec plaisir le talent de l’auteur d’Optic Nerve, Adrian Tomine traite ici du même sujet que la première histoire, la solitude et la recherche d’identité, mais il y a cette fois plus de force dans le graphisme et dans le scénario. Il décrit avec beaucoup de justesse et de précision la perdition de ses personnages. La mise en place des éléments du récit est très naturelle, et le déroulement semble se faire sans aucune intervention de l’auteur, on rentre véritablement dans l’histoire. Chaque passage nous questionne aussi sur notre propre vie, mais de manière délicate et intelligente, loin d’un matraquage redondant. C’est beau.

 

Escapade Hawaïenne

C’est avec la même intensité qu’Adrian Tomine dirige ce troisième récit. Les gens seuls se retrouvent dans ses histoires. On se reconnaît facilement dans le personnage d’Hillary Chan, qui est particulièrement bien construit, aucune faute sur les quelques trente deux pages. Sa personnalité nous touche beaucoup, elle est remplie de sincérité, tout en étant une demoiselle totalement perdue. Ce qui est particulièrement plaisant dans les planches d’Adrian Tomine est ce don pour nous faire comprendre que la normalité n’est pas où tout le monde le dit. C’est un auteur ingénieusement subversif. Les textes de plus en plus travaillés permettent à cet auteur doué d’être, à part entière, un créateur de romans graphiques. Les sous-titres de cette histoire dynamisent le rythme et créent un effet sur la lecture qui est très intéressant, comme des paliers ou quelque chose de ce genre. Il dit lui-même que Daniel Clowes l’a fortement inspiré et on comprend cela assez vite. Même s’il a un style propre il est effectivement sur la même longueur d’onde, et plus précisément celle de Ghost World.

 

Alerte à la bombe

Ce recueil se finit sur le plus beau récit de l’ouvrage, plus conventionnel que les autres sur la forme mais très bien tourné. La fin de celui-ci est tout simplement parfaite. Il y a toujours autant de sincérité à se dégager des personnages. Scotty est particulièrement bien dessiné, entre l’adolescent paumé mais qui sait ce qu’il veut, et l’enfant qui ne comprend pas le monde qui l’entoure. Critique de la société américaine autant qu’immersion dans les relations humaines, ces histoires ont une force d’analyse rare, et surtout dans le domaine de la bande dessinée.

Seuil (2003)

 

Betty Blues – Renaud Dillies et Anne-Claire Jouvray

31 octobre, 2006

Une histoire aussi belle que triste, un univers graphique riche, des couleurs magnifiques, une chaleur humaine qui se dégage de chacun des personnages, tout est réuni dans cet ouvrage pour réaliser une oeuvre marquante dans le petit monde de la bande dessinée. Avec son dessin si particulier Renaud Dillies sort vraiment du lot, ce mélange de traits fins qui s’accumulent pour donner un résultat très sombre, permet à cet auteur de retranscrire une très large palette de sentiments. Les visages des canards, hiboux et autres renards sont véritablement humains, le récit prend ainsi une dimension réelle très forte. Ce one shot est vraiment une petite perle, outre son dessin très séducteur, l’auteur joue beaucoup avec les cases et la mise en page, et ainsi il prend possession de chaque élément graphique pour servir l’histoire. Magnifique.

Paquet – Collection Blandice (2003)