Archive de la catégorie «2001»

Hicksville – Dylan Horrocks

30 mars, 2007

Hicksville est tout à la fois l’histoire d’une ville, d’amitiés, de déception amoureuse, de quête personnelle, de reconnaissance(s) et surtout de bande dessinée (prononcer « comics » à l’américaine, le médium n’ayant là bas qu’une place en partie comparable à celle qu’occupe la bande dessinée en Europe). Ainsi un journaliste critique de comics part à la rencontre de cette ville, Hicksville, pour mieux cerner le nouveau maître du genre aux Etats Unis, Dick Burger, originaire de la dite bourgade. Le séjour de ce jeune érudit sera marqué par des découvertes étonnantes, dans ce trou perdu qui paraît pourtant être le centre des créations les plus marquantes en matière de comics, et où tout le monde semble concerné et passionné par ce médium, du facteur au barman. Très vite Dylan Horrocks installe une ambiance particulière, en découvrant cette petite ville on se surprend à croire qu’effectivement la bande dessinée est un art accompli avec ses figures, ses icônes, ses maîtres, ses genres multiples, ses chefs d’oeuvre, son histoire connue. On comprend rapidement que cette situation n’est propre qu’à cette région isolée. Si Hicksville marque par son ton et son sujet central (au premier abord le médium qui se regarde lui-même), cet ouvrage étonne surtout par une composition assurément abolie des principes répétés et avilissants habituellement observés. Dylan Horrocks intègre des planches issues d’autres ouvrages à l’intérieur de son propre récit, brouillant les pistes, mettant dans les mains du lecteur des histoires parallèles, supposées existantes mais créées pour l’occasion, et enrichissant le tout avec une force incroyable. L’effet parfois éphémère, de cette rencontre avec des personnages inconnus et des environnements déroutants, laisse place à une morphologie toujours changeante de l’objet. Comme si la bande dessinée, ici, était condamnée à être continuellement en mouvement, destabilisante, pour son bien être car (ici encore) elle n’en est qu’enrichie. Les traits vifs et assurés du graphisme, parfois grossiers mais souvent précis et particulièrement puissants (dans l’épaisseur et la brièveté), offrent un dessin accompli (même si en apparence aussi maladroit), laissant la place nécessaire au texte, et inversement. Le principe de « l’histoire dans l’histoire » est loin d’être nouveau, autant dans la littérature en général que plus récemment dans la bande dessinée, mais il est ici accompli avec une perfection rare. L’auteur se joue des standards périmés, et rend fascinant des rencontres entre récits, enrichissant l’histoire globale (nous l’avons déjà dit) tout en faisant preuve d’une originalité appréciable. Si Dylan Horrocks construit son récit avec une certaine ambition graphique subversive, il fait de même avec le scénario, n’hésitant pas à mêler à cette ode à la bande dessinée les destinés d’une poignée de personnages attachants. Hicksville est une histoire fascinante, laissant se dégager une passion incomparable pour ce médium si souvent mal compris (encore plus aux Etats Unis).

L’Association – Collection Ciboulette (2001)