Canetor – Michel Pirus et Charlie Schlingo

By voiretlire

 

Petit bijou d’édition et de travail graphique, ce recueil d’histoires à l’apparence légères et drôles réunit deux auteurs impressionnants. Charlie Schlingo est l’une des figures de la bande dessinée des années 1980, il a signé nombre de titres en solo (Désiré Gogueneau est un vilain, Vivement ce soir qu’on se couche…), et notamment des planches dans Métal Hurlant, L’Echo des Savanes ou Charlie Hebdo ; Michel Pirus est quand à lui plus habitué aux scénarios (avec Mezzo, Les désarmés, Deux tueurs, Le roi des mouches), et l’on découvre avec plaisir son style particulièrement géométrique, propre, lisse et très esthétique, c’est la grande surprise de cet album. Il ne faut pas caché que c’est le premier attrait de cet objet d’une qualité d’édition rare (couverture cartonnée épaisse, papier de très bonne qualité, impression impeccable). On pense ainsi au graphisme de Chris Ware (Jimmy Corrigan, Acme Novelty Library), mais aussi à celui de Sylvain Gérand (Les animaux tout petits, Bloby) avec un charme très rétro et un trait régulier à l’extrême. On se demande si Michel Pirus travaille uniquement sur ordinateur, mais le rendu n’en a pas la froideur, non plus les couleurs qui forment un tout particulièrement beau. Le ton au début irritant donne un rythme juste à cette cascade de gags simples, de situations du quotidien parfois burlesque, de rêves surréalistes et de confrontations étonnantes. Les personnages animaliers, du canard au chien en passant par la grenouille ou l’oeuf, ont chacun leurs particularités propres, même s’ils sont pour la plupart d’une simplicité graphique impressionnante, on les repère très vite (Canetor a une casquette, Canetorette un papillon dans les cheveux…) et le récit en gagne en fluidité. Les histoires se construisent toujours autour du quotidien et de ses détails – un quiproquo qui part de rien – ou par l’apparition de personnages particuliers (le bandit, le vendeur de chaussettes…), et le tout donne une impression de simplicité poussée, avec en toile de fond quelques gènes communs à Donald. Pourtant on comprend vite que ces petites chroniques, avec Canetor au centre, disent plus qu’elles ne paraissent. Sorte de satire sociale ou de dérision du quotidien, ce recueil donne à penser et son aspect au premier abord naïf lui donne une teinte subtile plutôt agréable. Une fois le rythme établi, on prend beaucoup de plaisir à suivre cette succession de strips, qui forment un tout conséquent et riche, comme un ralliement à la tendance actuelle (Ice Haven de Daniel Clowes, Le Retour de l’éléphant de Paul Hornschemeier ou The Acme Novelty Library de Chris Ware), portant l’art séquentiel comme il se doit. Merveilleux duo !

Les requins marteaux (2006)

 

Une réponse vers «Canetor – Michel Pirus et Charlie Schlingo»

  1. dan dit :

    trop bien le site, je suis fan…
    a+

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